mercredi 1 avril 1981

Ma mère et son syndrome de Münchhausen par délégation :

La récente introspection m'explique l'immense manque affectif que je ressentais jeune adulte et aussi, peut-être, pourquoi cette " maladie " a pourri ma vie.

J'avais identifié quelques causes externes comme notre déménagement à Saint-Jean-De-Maurienne, en Savoie. C'était en 1972. J'avais 9 ans.
L'arrachement de mon Grenoble natal fût une grande souffrance.
Un père qui était absent ou semblait l’être, ce qui revient finalement au même, une mère hyper protectrice et terriblement intrusive sont sûrement une deuxième cause.
Aussi loin que remontent mes souvenir, ma mère m’a toujours présenté le monde extérieur comme dangereusement toxique. Le cocon familial nous était vendu comme la seule forme de gouvernance valable.
Mes parents n’ont jamais valorisé ou félicité leurs enfants. Quand nous réussissions quelque chose, c'était " la moindre des choses " ou la " Chance ". Les bêtises, par contre, nous incombaient et étaient ressassées pendant des années.
Ma mère, tellement handicapée des sentiments (certainement parce que son propre père était mort quand elle avait 6 ans), ne m'a jamais manifesté d'encouragements autre que matériels. La profession de mon père le permettait. Je n'ai pas de souvenirs de câlins ou de bisous. Pour personne d'autre d'ailleurs, même pas pour papa.

Si elle régnait sur nous en nous évitant toutes les taches liées aux contraintes extérieures, elle construisait ainsi les fondements de notre inadaptabilité structurelle. 

Comme, à contrario, elle avait une fâcheuse tendance à faire confiance au premier venu, soit parce qu'il était médecin comme l'un des oncles qui avait un peu aidé ma Grand-Mère et ses deux filles, soit parce que, simplement, il portait une cravate (ou une soutane). En bonne infirmière DE, elle exécutait toutes leurs prescriptions, même le plus farfelues, sans se poser la moindre question, J"ai depuis appelé ça son Syndrome de Münchhausen par délégation ".