samedi 5 janvier 1985

05/01/1985 Deuxième jour en HP

II s'agit d'un jeune homme de 21 ans, adressé au Dr Chabannes par, l’intermédiaire du Dr KORNER (il s'agissait de son médecin traitant à St Jean de Maurienne). (Non Olivier KORNER n'était pas mon médecin traitant, juste un copain).
C'est sa première hospitalisation en hôpital psychiatrique. (Pas la dernière, malheureusement ! Une fois que les psychiatres vous tiennent, c'est pour longtemps)

Antécédents médicaux et chirurgicaux :
Amygdalectomie, adénoïdectomie dans l’enfance, a un pincement discale au niveau de la 5ème lombaire, varus équin à la naissance pour lequel il a eu un traitement orthopédique dont il a gardé une petite déformation (porte des semelles orthopédiques) (J'ai appris, en 2015, que je n'ai jamais eu de Varus équin. Mes parents s'étaient fait vendre ça par le "bon" Docteur RIBARD (soit disant un ami de Papa). Adolescent, j'ai passé un mercredis sur deux au centre de l'Echaillon (73) à faire des exercices qui donc ne me servaient à rien si ce n'est à gagner 2 ou 3 degrés quand je fléchis les pieds. Les autres mercredi, j'étais chez un autre "ami" de papa, le Docteur CESAR, dentiste,  qui m'a massacré les mâchoires et les dents) . Allergie au rhum des foins depuis 4 ans et demi, traité par homéopathie. A fait une  mononucléose infectieuse il y a un an. (Embrasser les filles c'est plutôt agréable !) ... 
Début d'une toxicomanie il y a trois, quatre ans qui a commencé par le Hachich, puis LSD, puis héroïne (avoue seulement 5 shoots à l'Héroïne  répartis en une semaine (à 1000 Fr le gramme (150 € d'aujourd'hui) je ne risquai pas d'aller bien loin avec mes 150 Fr d'argent de poche parental par mois quand j'étais étudiant)  , il y a 5 mois (Elle, s'appelait Adeline et je l'aimais). Pas d'alcool, pas de cocaïne.

Antécédents familiaux : père âgé de 55 ans, profession : représentant en mécanique ; sa mère est âgée de 47 ans, elle est infirmière, il dit de sa mère qu'elle a tendance  à soigner tout le monde, ATCD de spasmophilie.
Pour son père, il dit qu'il aurait été hospitalisé à Versailles où il aurait subi des électrochocs à l'âge de 25 ans, il a également un oncle qui a fait un séjour à Bressieux (il ne me l'avait jamais dis. Je pense que papa en avait honte et maman contribuait bien à maintenir ce "secret de famille". C’était même sur l'humiliation permanente qu'elle basait son pouvoir matriarcal dans la cellule familiale. Pas de bienveillance, pas de sentiments. J'appelle ça son " syndrome de Münchhausen par délégation ".
Deux sœurs, l'une âgée de 19 ans, Sophie qui est actuellement en terminale à St Jean de Maurienne (Sophie a appris ses tables de multiplications à grand renfort de claques maternelles dans la tronche); l'autre âgée de 16 ans, Christine, est en seconde. Pas d'ATCD de dépression.
Antécédents personnels et mode de vie: a eu un bac de type C, en redoublant sa terminale, est actuellement en troisième année aux Beaux-Arts à Grenoble.
Au niveau du sport, fait de la planche à voile, du karaté, du judo, de la natation et de la marche.
Au niveau littéraire, passionné de Japon et de science-fiction. (Je lisais énormément, surtout de la philosophie. J'écoutais du rock, du punk et France Culture).
Exempté de service militaire P2. (Pas trop militariste, contrairement à la branche paternelle de mon arbre généalogique).  

Pendant 1'entretien : tout d'abord se présente avec un walkman et un grand cahier de dessins qu'il commentera de façon délirante et floue. Il me montre une personne qui apparaît morcelée. Les autres dessins sont totalement incohérents (pourtant aujourd'hui, c'est dessins sont clairs. Ils décrivaient principalement des dispositifs et processus qui depuis sont courants comme le multimédia, le wifi, internet ou Skype ... ), il les commente avec des thèmes mystiques, également des thèmes de science fiction et de grandeur.


Dans les dessins, il met en place des systèmes scientifiques pour faire disparaître ses parents. Il donne 1'impression de bizarrerie, il existe des barrages dans le discours, ne finit pas ses phrases, apparition de tout ou rien dans ses propos.
Il s'agit d'un premier accès qui semble à priori schizophrénique.
Au niveau de la conduite à tenir, actuellement on observe son comportement, il lui est prescrit du TRANXENE si besoin (celui qui se demande pourquoi plus tard je suis allé vers les drogues dures, je le gifle !).
Il doit être revu par le Dr Chabannes.

                                               H. AUSSEDAT

vendredi 4 janvier 1985

Première hospitalisation 04/01/1985

ADMISSION S.L – Hors secteur

Jeune homme: de 21 ans, hospitalise par le Dr Chabannes.
A l'entretien, assez détendu, souriant. (Oui, je souriais ... ma vie était belle, après toutes ces années de galères savoyardes, je faisais enfin ce que j'aimais aux Beaux-Arts)
Discours très rationalisant, désaffectivisé, difficultés à se concentrer (mais venait de recevoir une injection IM de 2 ampoules de Tranxène) (Tranxène ? J'étais bien cassé ! Pas encore l'habitude ... ça viendra la drogue) .
Lenteur d’idéation. Nie toute toxicomanie actuellement. (Pourquoi aurai-je menti, j'étais jeune et sûrement un peu naïf).
Dit avoir éprouvé un sentiment de bizarrerie lors de son séjour cher ses parents. (On verra plus tard que j'aurai mieux fait de dire " Nostalgie ". Cela aurait été plus juste et sûrement moins connoté psy) 

Pas d'antécédents médicaux particuliers en dehors d'une Mononucléose Infectieuse (La maladie du baiser) l'an dernier.

A  l'examen  RAS   .   TA   .13/7   ,   pouls   80   ,
Neuro   :   RAS

CAT pour ce soir : Surveillance
                          Injection (injection mais de quoi ?) prescrite par le Dr Chabannes si nécessaire.

                                              Interne de garde ZARAZIK